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Publié par Pour une vraie gauche à Lannion

Nous publions un article de Daniele Bleitrach, ancienne dirigeante du PCF :

De 1981 à 1996, elle a été membre du comité central du Parti communiste français puis du comité national de ce parti. Elle a été rédactrice en chef adjointe de l'hebdomadaire communiste Révolution et a collaboré aux revues La Pensée, Les Temps modernes et Le Monde diplomatique.

Universitaire, sociologue, journaliste, essayiste et romancière française1. Elle a publié, principalement en collaboration, divers ouvrages sur la classe ouvrière, le mouvement ouvrier, l'urbanisation, l'Amérique latine, le nazisme.

Il y a un effort de réflexion d'un point de vue communiste m^me si elle nous parait surestimer le changement apporté par Roussel, il est vrai que dans les Côtes d'Armor, où le PCF de Lahellec joue les supplétifs du PS, le changement n'est guère perceptible.

 

Les étapes de la dictature du capital comme l’aboutissement de leur démocratie… et la faillite de la social-démocratie

 

Les socialistes démocratiques occidentaux remplacent la lutte de classe par les rêves d’harmonie de classe, et ils ont même imaginé la transformation socialiste d’une manière rêvée – non pas comme le renversement du pouvoir de la classe exploitante, mais comme la soumission pacifique de la minorité à la majorité.”- Vladimir Lénine

Notons que la question de la démocratie n’est jamais secondaire pour Lénine même quand il dénonce les illusions des sociaux démocrates, ce qu’il leur reproche n’est pas l’aspiration à la démocratie mais au contraire d’en faire l’instrument d’une soumission.

La soumission n’est pas disposition psychologique, elle est le résultat de l’absence d’une position de classe et sa traduction l’absence de toute stratégie visant à la prise du pouvoir d’Etat, bref, le Que faire?

Dans mes mémoires j’ai tenté d’aborder l’évolution de la situation dans le PCF et dans le socialisme européen sous l’angle d’un problème de stratégie et je continue à penser qu’il faut partir de là.

Quand l’orientation social démocrate l’a emporté, la révolution n’est pas écartée au profit des réformes, elle devient impossible. La question politique se résume alors à la tambouille entre chefs de partis pour l’addition des forces qui numériquement approcheraient le plus d’une majorité électorale. En fait serviraient le mieux leur désir d’occuper personnellement des places (y compris pour devenir les gérants de l’intérêt du capital avec l’idée que ça vaut mieux que rien). Quand on participe à de telles opérations et à la déception qu’elles engendrent, soit on se conduit à l’intérieur de l’alliance comme des opposants, soit on tente de justifier sa présence en défendant l’indéfendable et des résultats dérisoires: dans les deux cas on perd toute crédibilité.

Mais cette situation déjà difficile devient impraticable quand nous sommes entrés dans une transition historique qui exige un changement de société, quand les forces auxquelles nous confions la direction de l’élection ont fait faillite comme la IIe internationale ou la social démocratie aujourd’hui. Alors là débute une hésitation entre la forme brutale ou douce de la nécessaire dictature du capital. Simplement parce que les masses déçues apparaissent désormais comme en danger de fascisation. La majorité n’est plus sûre…

Le rêve heureux de la soumission pacifique de la minorité à la majorité tourne au cauchemar, quelque chose comme l’homme cornu sur les marches du Capitole.

Devant la crainte que la majorité ne soit elle-même plus assez démocratique on commence à approuver la censure, la répression. La logique est le choix d’un bon maître face à celui qui fait peur. C’est ce qu’illustrent les derniers événements aux États-Unis mais aussi partout dans le monde.

En Europe, ce choix du bon maître est double, il s’agit non seulement de celui qui sert le mieux les capitalistes nationaux européens, mais il s’agit de la vassalisation à leur bras armé : les États-Unis. Et cela accentue la dérive entre l’hypothèse d’un gouvernement de centre-droit et son repoussoir éclaireur l’extrême-droite. Ce qui vient de se passer en Hollande est éclairant à ce propos de ce que l’on peut attendre d’une élection quand cette dérive fascisante s’est emparée de la société.

L’exemple de la démission du gouvernement néerlandais

Le gouvernement néerlandais a démissionné dans un contexte de scandale sur les allocations familiales dans lequel plus de 20 000 familles ont été accusées à tort de fraude par l’administration fiscale. Pas moins de 26 000 parents ont été accusés à tort par les autorités fiscales néerlandaises d’avoir frauduleusement réclamé des allocations familiales sur plusieurs années à partir de 2012, et jusqu’à 10 000 familles ont été contraintes de rembourser des dizaines de milliers d’euros, entraînant dans certains cas le chômage, les faillites et les divorces. L’administration fiscale a admis l’année dernière qu’au moins 11 000 d’entre elles avaient fait l’objet d’un examen spécial en raison de leur origine ethnique ou de leur double nationalité, alimentant des allégations de longue date de racisme systémique aux Pays-Bas.

Mais cette démission et ce scandale semblent n’avoir que peu d’effet sur les élections législatives du 17 mars. La plupart des sondages indiquent que le Parti au pouvoir, le Parti populaire pour la liberté et la démocratie de Rutte remportera un quatrième mandat aux élections, l’opinion publique le soutenant encore largement. Le parti de centre-droit est en bonne voie pour obtenir un peu moins de 30% des voix, soit plus du double des prévisions pour le parti de deuxième place, le parti anti-liberté anti-islam de Geert Wilders.

Résumons: une démission et une élection qui relèvent de la gesticulation dans un pic épidémique dont nul ne sait comment y faire face. Une situation des plus courantes en Europe.

Si l’on admet que le socialisme européen a plus ou moins raté son passage de la guerre de mouvement révolutionnaire (1) à la stabilisation de la guerre de position (que la Chine affronte) et qu’il la raté parce qu’il l’a confondu avec la régression social-démocrate, on peut considérer que nous avons assisté sous différentes formes à l’échec total de la social-démocratie partout dans le monde. Et comme cela a été le cas pour la faillite de la IIe internationale qui n’a pas su empêcher la guerre impérialiste, on ne peut pas trouver la solution dans ce qui a fait faillite.

UNE RE-ORIENTATION STRATEGIQUE

Si nous avons partout en Europe ce scénario avec notre variante nationale – le numéro célèbre de duettistes Macron Le Pen, résultat l’abstention et le dévoiement des couches populaires vers un nationalisme xénophobe… Le soutien grotesque et passionné d’un capitalisme contre un autre comme cela s’est vu aux États-Unis lors de l’assaut du Capitole. Peut-être est-il nécessaire de passer à autre chose.

Certes, il ne s’agit pas de considérer que tout est équivalent, que Macron c’est Pinochet, et de ne pas combattre la fascisation ce qui serait du gauchisme. Il faut au contraire donner du sens à l’exigence de la démocratie et cela se fait déjà quand on soutient le personnel hospitalier face à ceux qui sacrifient la vie, la sécurité. Cela se fait déjà quand on combat la fermeture d’entreprises qui accroissent chômage et désert français, mais la ré-industrialisation du territoire, la formation à l’emploi dépendent d’un élan national qui donnera tout son sens à l’intervention des travailleurs. Enfin, il faut avancer en matière politique si l’on veut ne pas mouliner dans le vide des bons sentiments, dans celui de l’incapacité grandissante à intervenir sur ce qui parait hors de portée comme la question de la paix. Il y a deux urgences qui doivent être menées ensemble:

  • Il faut reconstruire un parti révolutionnaire qui aura une stratégie de rupture avec le capitalisme en construisant le socialisme et qui rassemblera autour de cette stratégie les forces qui ne sont pas nécessairement révolutionnaires mais ne veulent pas du fascisme. Cette reconstruction passe par la prise en compte des problèmes des couches populaires autant que de la souveraineté nationale parce que seul un parti révolutionnaire avec sa dimension de classe peut unifier ce que le capital divise. Transformer l’expérimentation sociale en programme et en orientation planificatrice dans l’immédiat et le long terme. Quel parti révolutionnaire ? (2). Ce qui est sur c’est qu’il manque des révolutionnaires (3)
  • Reconstruction internationale communiste : Si l’on admet que comme aux Etats-Unis, il y a un effet Boomerang de l’impérialisme face à ses problèmes internes, il faut penser une autre cohérence internationale. Nous sommes devant le constat de l’échec de l’impérialisme sous sa forme néolibérale, devant son caractère destructeur et criminel, là encore nous avons un grand nombre de forces, dont beaucoup émanent d’une social-démocratie, divisée, prête encore à bien des ralliements , ne percevant qu’un aspect des problèmes et prête à se rallier en fait à un capital moins méchant que l’autre. La situation fait penser toute analogie étant bien sûr purement illustrative à la conférence de Zimmerwald en 1915, qui comprenait en réalité deux tendances distinctes, le manifeste publié (rédigé en grande partie par Trotsky chargé de cette synthèse) reprenant leurs idées communes. La majorité pacifiste des délégués souhaitait que la conférence serve uniquement à affirmer la volonté de défendre l’idéal internationaliste et de l’opposition à la « guerre impérialiste ». Cependant, une minorité appelée la « gauche de Zimmerwald », ou « gauche zimmerwaldienne », et menée en particulier par Lénine jugeait que la capitulation des dirigeants socialistes de la IIe Internationale devant le nationalisme et la guerre constituait une trahison extrêmement grave. La IIe Internationale s’étant donné comme priorité la lutte contre la guerre, cela signifiait la faillite de celle-ci. Pour Lénine, cet échec tragique rendait indispensable la fondation d’une nouvelle internationale, et la rupture totale avec les sociaux-démocrates ayant participé à l’Union sacrée. Le slogan de lutte pour la paix est totalement rejeté par la gauche de Zimmerwald, qui adopte le mot d’ordre de transformation de la guerre impérialiste en guerre civile contre la bourgeoisie, c’est-à-dire en révolution anticapitaliste.

A propos du PCF et de l’étape qu’a été le 38e Congrès. C’est-à-dire un fait nouveau et qui depuis que Maurice Thorez a fait de ce parti ce qu’il était n’était jamais intervenu, à savoir le changement de l’équipe dirigeante considérée comme entrainant “l’effacement” du parti et l’élection pour une part d’une nouvelle direction menant une ligne de réaffirmation. La stratégie choisie par la nouvelle direction se situe bien dans la ligne thorézienne dans laquelle la direction est garante de l’unité du parti. Elle a renoué avec le monde de l’entreprise et a commencé un début de reconstruction du PCF. Et il suffit d’entendre Fabien Roussel sur un plateau de télévision pour percevoir un ton nouveauplus ancré sur le monde du travail, plus soucieux de l’emploi, des salaires, du concret. Paradoxalement moins aggressif et pourtant plus ferme.

Pourtant, il ydemeure un handicap important, la poursuite de la ligne antérieure en particulier en matière de formation des adhérents et la totalité de ce qui a trait à l’idéologie, avec le secteur international, cequi est un obstacle certainement à la mobiisation du parti, à être présent autrement que pour porter une candidature à une élection.

Un double pouvoir ne peut pas durer, soit la ligne du 38e congrès s’impose, soit au bout d’un certain l’ancienne direction reprend le pouvoir et la liquidation se poursuit comme l’ensemble des orientations social-démocrates.

Incontestablement néanmoins le handicap principal demeure la difficulté de mener une ligne de réaffirmation alors que le contexte électoral redonne à chaque fois l’occasion à la ligne liquidatrice de remettre en cause le congrès. L’effet est d’autant plus fort que la ligne de l’unité n’a pas permis d’avancer ni auprès de la population française, ni auprès des travailleurs, ni des militants eux-mêmes sur les raisons théoriques et politiques pour lesquelles sur le fond il y a la nécessité de ce parti révolutionnaire. Cela peut apparaître alors comme un choix partisan qui se heurte à l’illusion d’un possible changement par l’addition de partis et le choix d’un leader. Cela ne risque de convaincre ni ceux qui sont ancrés dans les illusions social-démocrates, ni ceux qui se réfugient dans l’abstention. Et dans le PCF ce problème aura d’autant plus de poids que la presse, la formation des militants, tout est resté aux mains de ceux qui pour des raisons diverses n’ont pas été convaincus par le 38e Congrès.

Le bon côté de l’affaire est quand l’on mesure que depuis plus de trente ans notre peuple, les militants communistes sont soumis à un pilonnage, le fait qu’il existe encore ce besoin de lutte et de transformation peut laisser espérer ce que chaque effort a contrario sera moins dur qu’on ne le croit.

Danielle Bleitrach

(1) ces deux concepts guerre de mouvement et guerre de position sont empruntés à Gramsci qui montre comment en France la classe capitaliste s’est installée en deux temps contre l’ordre féodal, le premier fut la révolution française, la terreur, la seconde fut la IIIe République avec le jacobinisme centralisateur, laïque et ses positions comme l’école, les diverses institutions républicaines.

(2)”Le cerveau de la classe, la cause de la classe, la gloire de la classe- voilà ce qu’est le parti“V.Maïakovsky. cité par Maurice Thorez Dans son journal 1952-1964. Fayard.2020. p.217

(3)Le révolutionnaire n’est pas celui qui le devient à l’approche de la Révolution, mais celui qui au moment où la réaction fait rage, au moment où les libéraux et les démocrates hésitent le plus, défend les principes et les mots d’ordre de la révolution. Le révolutionnaire c’est celui apprend aux masses à lutter de façon révolutionnaire“. Lénine T.XIX. p 203,4ème édition russe. Cité par Maurice Thorez dans son journal p.216. notons que ces deux citations datent de 1957, la publication du rapport Khrouchtchev. Le volonté de se convaincre que tout va bien, le rapprochement avec les partis qui endiguent l’influence italienne… mais aussi le retour pélerinage en URSS sur les lieux du combat révolutionnaire.

 

Les étapes de la dictature du capital comme l’aboutissement de leur démocratie… et la faillite de la social-démocratie…

Les socialistes démocratiques occidentaux remplacent la lutte de classe par les rêves d’harmonie de classe, et ils ont même imaginé la transformation socialiste d’une manière rêvée – non pas comme le renversement du pouvoir de la classe exploitante, mais comme la soumission pacifique de la minorité à la majorité.”- Vladimir Lénine

Notons que la question de la démocratie n’est jamais secondaire pour Lénine même quand il dénonce les illusions des sociaux démocrates, ce qu’il leur reproche n’est pas l’aspiration à la démocratie mais au contraire d’en faire l’instrument d’une soumission.

La soumission n’est pas disposition psychologique, elle est le résultat de l’absence d’une position de classe et sa traduction l’absence de toute stratégie visant à la prise du pouvoir d’Etat, bref, le Que faire?

Dans mes mémoires j’ai tenté d’aborder l’évolution de la situation dans le PCF et dans le socialisme européen sous l’angle d’un problème de stratégie et je continue à penser qu’il faut partir de là.

Quand l’orientation social démocrate l’a emporté, la révolution n’est pas écartée au profit des réformes, elle devient impossible. La question politique se résume alors à la tambouille entre chefs de partis pour l’addition des forces qui numériquement approcheraient le plus d’une majorité électorale. En fait serviraient le mieux leur désir d’occuper personnellement des places (y compris pour devenir les gérants de l’intérêt du capital avec l’idée que ça vaut mieux que rien). Quand on participe à de telles opérations et à la déception qu’elles engendrent, soit on se conduit à l’intérieur de l’alliance comme des opposants, soit on tente de justifier sa présence en défendant l’indéfendable et des résultats dérisoires: dans les deux cas on perd toute crédibilité.

Mais cette situation déjà difficile devient impraticable quand nous sommes entrés dans une transition historique qui exige un changement de société, quand les forces auxquelles nous confions la direction de l’élection ont fait faillite comme la IIe internationale ou la social démocratie aujourd’hui. Alors là débute une hésitation entre la forme brutale ou douce de la nécessaire dictature du capital. Simplement parce que les masses déçues apparaissent désormais comme en danger de fascisation. La majorité n’est plus sûre…

Le rêve heureux de la soumission pacifique de la minorité à la majorité tourne au cauchemar, quelque chose comme l’homme cornu sur les marches du Capitole.

Devant la crainte que la majorité ne soit elle-même plus assez démocratique on commence à approuver la censure, la répression. La logique est le choix d’un bon maître face à celui qui fait peur. C’est ce qu’illustrent les derniers événements aux États-Unis mais aussi partout dans le monde.

En Europe, ce choix du bon maître est double, il s’agit non seulement de celui qui sert le mieux les capitalistes nationaux européens, mais il s’agit de la vassalisation à leur bras armé : les États-Unis. Et cela accentue la dérive entre l’hypothèse d’un gouvernement de centre-droit et son repoussoir éclaireur l’extrême-droite. Ce qui vient de se passer en Hollande est éclairant à ce propos de ce que l’on peut attendre d’une élection quand cette dérive fascisante s’est emparée de la société.

L’exemple de la démission du gouvernement néerlandais

Le gouvernement néerlandais a démissionné dans un contexte de scandale sur les allocations familiales dans lequel plus de 20 000 familles ont été accusées à tort de fraude par l’administration fiscale. Pas moins de 26 000 parents ont été accusés à tort par les autorités fiscales néerlandaises d’avoir frauduleusement réclamé des allocations familiales sur plusieurs années à partir de 2012, et jusqu’à 10 000 familles ont été contraintes de rembourser des dizaines de milliers d’euros, entraînant dans certains cas le chômage, les faillites et les divorces. L’administration fiscale a admis l’année dernière qu’au moins 11 000 d’entre elles avaient fait l’objet d’un examen spécial en raison de leur origine ethnique ou de leur double nationalité, alimentant des allégations de longue date de racisme systémique aux Pays-Bas.

Mais cette démission et ce scandale semblent n’avoir que peu d’effet sur les élections législatives du 17 mars. La plupart des sondages indiquent que le Parti au pouvoir, le Parti populaire pour la liberté et la démocratie de Rutte remportera un quatrième mandat aux élections, l’opinion publique le soutenant encore largement. Le parti de centre-droit est en bonne voie pour obtenir un peu moins de 30% des voix, soit plus du double des prévisions pour le parti de deuxième place, le parti anti-liberté anti-islam de Geert Wilders.

Résumons: une démission et une élection qui relèvent de la gesticulation dans un pic épidémique dont nul ne sait comment y faire face. Une situation des plus courantes en Europe.

Si l’on admet que le socialisme européen a plus ou moins raté son passage de la guerre de mouvement révolutionnaire (1) à la stabilisation de la guerre de position (que la Chine affronte) et qu’il la raté parce qu’il l’a confondu avec la régression social-démocrate, on peut considérer que nous avons assisté sous différentes formes à l’échec total de la social-démocratie partout dans le monde. Et comme cela a été le cas pour la faillite de la IIe internationale qui n’a pas su empêcher la guerre impérialiste, on ne peut pas trouver la solution dans ce qui a fait faillite.

UNE RE-ORIENTATION STRATEGIQUE

Si nous avons partout en Europe ce scénario avec notre variante nationale – le numéro célèbre de duettistes Macron Le Pen, résultat l’abstention et le dévoiement des couches populaires vers un nationalisme xénophobe… Le soutien grotesque et passionné d’un capitalisme contre un autre comme cela s’est vu aux États-Unis lors de l’assaut du Capitole. Peut-être est-il nécessaire de passer à autre chose.

Certes, il ne s’agit pas de considérer que tout est équivalent, que Macron c’est Pinochet, et de ne pas combattre la fascisation ce qui serait du gauchisme. Il faut au contraire donner du sens à l’exigence de la démocratie et cela se fait déjà quand on soutient le personnel hospitalier face à ceux qui sacrifient la vie, la sécurité. Cela se fait déjà quand on combat la fermeture d’entreprises qui accroissent chômage et désert français, mais la ré-industrialisation du territoire, la formation à l’emploi dépendent d’un élan national qui donnera tout son sens à l’intervention des travailleurs. Enfin, il faut avancer en matière politique si l’on veut ne pas mouliner dans le vide des bons sentiments, dans celui de l’incapacité grandissante à intervenir sur ce qui parait hors de portée comme la question de la paix. Il y a deux urgences qui doivent être menées ensemble:

  • Il faut reconstruire un parti révolutionnaire qui aura une stratégie de rupture avec le capitalisme en construisant le socialisme et qui rassemblera autour de cette stratégie les forces qui ne sont pas nécessairement révolutionnaires mais ne veulent pas du fascisme. Cette reconstruction passe par la prise en compte des problèmes des couches populaires autant que de la souveraineté nationale parce que seul un parti révolutionnaire avec sa dimension de classe peut unifier ce que le capital divise. Transformer l’expérimentation sociale en programme et en orientation planificatrice dans l’immédiat et le long terme. Quel parti révolutionnaire ? (2). Ce qui est sur c’est qu’il manque des révolutionnaires (3)
  • Reconstruction internationale communiste : Si l’on admet que comme aux Etats-Unis, il y a un effet Boomerang de l’impérialisme face à ses problèmes internes, il faut penser une autre cohérence internationale. Nous sommes devant le constat de l’échec de l’impérialisme sous sa forme néolibérale, devant son caractère destructeur et criminel, là encore nous avons un grand nombre de forces, dont beaucoup émanent d’une social-démocratie, divisée, prête encore à bien des ralliements , ne percevant qu’un aspect des problèmes et prête à se rallier en fait à un capital moins méchant que l’autre. La situation fait penser toute analogie étant bien sûr purement illustrative à la conférence de Zimmerwald en 1915, qui comprenait en réalité deux tendances distinctes, le manifeste publié (rédigé en grande partie par Trotsky chargé de cette synthèse) reprenant leurs idées communes. La majorité pacifiste des délégués souhaitait que la conférence serve uniquement à affirmer la volonté de défendre l’idéal internationaliste et de l’opposition à la « guerre impérialiste ». Cependant, une minorité appelée la « gauche de Zimmerwald », ou « gauche zimmerwaldienne », et menée en particulier par Lénine jugeait que la capitulation des dirigeants socialistes de la IIe Internationale devant le nationalisme et la guerre constituait une trahison extrêmement grave. La IIe Internationale s’étant donné comme priorité la lutte contre la guerre, cela signifiait la faillite de celle-ci. Pour Lénine, cet échec tragique rendait indispensable la fondation d’une nouvelle internationale, et la rupture totale avec les sociaux-démocrates ayant participé à l’Union sacrée. Le slogan de lutte pour la paix est totalement rejeté par la gauche de Zimmerwald, qui adopte le mot d’ordre de transformation de la guerre impérialiste en guerre civile contre la bourgeoisie, c’est-à-dire en révolution anticapitaliste.

A propos du PCF et de l’étape qu’a été le 38e Congrès. C’est-à-dire un fait nouveau et qui depuis que Maurice Thorez a fait de ce parti ce qu’il était n’était jamais intervenu, à savoir le changement de l’équipe dirigeante considérée comme entrainant “l’effacement” du parti et l’élection pour une part d’une nouvelle direction menant une ligne de réaffirmation. La stratégie choisie par la nouvelle direction se situe bien dans la ligne thorézienne dans laquelle la direction est garante de l’unité du parti. Elle a renoué avec le monde de l’entreprise et a commencé un début de reconstruction du PCF. Et il suffit d’entendre Fabien Roussel sur un plateau de télévision pour percevoir un ton nouveauplus ancré sur le monde du travail, plus soucieux de l’emploi, des salaires, du concret. Paradoxalement moins aggressif et pourtant plus ferme.

Pourtant, il ydemeure un handicap important, la poursuite de la ligne antérieure en particulier en matière de formation des adhérents et la totalité de ce qui a trait à l’idéologie, avec le secteur international, cequi est un obstacle certainement à la mobiisation du parti, à être présent autrement que pour porter une candidature à une élection.

Un double pouvoir ne peut pas durer, soit la ligne du 38e congrès s’impose, soit au bout d’un certain l’ancienne direction reprend le pouvoir et la liquidation se poursuit comme l’ensemble des orientations social-démocrates.

Incontestablement néanmoins le handicap principal demeure la difficulté de mener une ligne de réaffirmation alors que le contexte électoral redonne à chaque fois l’occasion à la ligne liquidatrice de remettre en cause le congrès. L’effet est d’autant plus fort que la ligne de l’unité n’a pas permis d’avancer ni auprès de la population française, ni auprès des travailleurs, ni des militants eux-mêmes sur les raisons théoriques et politiques pour lesquelles sur le fond il y a la nécessité de ce parti révolutionnaire. Cela peut apparaître alors comme un choix partisan qui se heurte à l’illusion d’un possible changement par l’addition de partis et le choix d’un leader. Cela ne risque de convaincre ni ceux qui sont ancrés dans les illusions social-démocrates, ni ceux qui se réfugient dans l’abstention. Et dans le PCF ce problème aura d’autant plus de poids que la presse, la formation des militants, tout est resté aux mains de ceux qui pour des raisons diverses n’ont pas été convaincus par le 38e Congrès.

Le bon côté de l’affaire est quand l’on mesure que depuis plus de trente ans notre peuple, les militants communistes sont soumis à un pilonnage, le fait qu’il existe encore ce besoin de lutte et de transformation peut laisser espérer ce que chaque effort a contrario sera moins dur qu’on ne le croit.

Danielle Bleitrach

(1) ces deux concepts guerre de mouvement et guerre de position sont empruntés à Gramsci qui montre comment en France la classe capitaliste s’est installée en deux temps contre l’ordre féodal, le premier fut la révolution française, la terreur, la seconde fut la IIIe République avec le jacobinisme centralisateur, laïque et ses positions comme l’école, les diverses institutions républicaines.

(2)”Le cerveau de la classe, la cause de la classe, la gloire de la classe- voilà ce qu’est le parti“V.Maïakovsky. cité par Maurice Thorez Dans son journal 1952-1964. Fayard.2020. p.217

(3)Le révolutionnaire n’est pas celui qui le devient à l’approche de la Révolution, mais celui qui au moment où la réaction fait rage, au moment où les libéraux et les démocrates hésitent le plus, défend les principes et les mots d’ordre de la révolution. Le révolutionnaire c’est celui apprend aux masses à lutter de façon révolutionnaire“. Lénine T.XIX. p 203,4ème édition russe. Cité par Maurice Thorez dans son journal p.216. notons que ces deux citations datent de 1957, la publication du rapport Khrouchtchev. Le volonté de se convaincre que tout va bien, le rapprochement avec les partis qui endiguent l’influence italienne… mais aussi le retour pélerinage en URSS sur les lieux du combat révolutionnaire.

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