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Publié par Pour une vraie gauche à Lannion

I. Pour un printemps du communisme

Le communisme a suscité l’espoir et rendu crédible la possibilité d’en finir avec la domination et les ravages du capitalisme. Son effacement objectif, à la fin du 20ème siècle, a produit le sentiment inverse « qu’il n’y a pas d’alternative ». C’est cette fausse évidence, produit d’une conjoncture historique, qui a entraîné la crise généralisée du mouvement communiste mondial. On ne peut donc pas, comme le fait le projet de « base commune du Conseil national, se contenter d’affirmer péremptoirement que « le communisme est à l’ordre du jour de ce siècle ». Comment pourrait-on ignorer que l’histoire a laissé dans les esprits une certaine image du communisme et de son projet étatiste, centralisateur, égalitariste, collectiviste et même productiviste, et qu’il nous faut donc impérativement lui donner un autre sens ? Qu’appelons-nous communisme aujourd’hui ? Au-delà d’un programme, quel est notre projet, la conception de la société vers laquelle nous proposons d’aller ? Comment caractériser notre idéal ?

Picasso disait être « venu au communisme comme on va à la fontaine ». C’est dire combien cet engagement paraissait alors évident et vital, conduisant des milliers de créateurs et d’intellectuels à rejoindre comme lui le Parti de la classe ouvrière. Couronnant un grand siècle de révolutions, celle d’Octobre semblait ouvrir enfin les chemins d’un monde réellement humain. Notre Parti, comme d’autres à travers le monde, s’est construit sur cet immense espoir. En l’articulant à notre propre histoire et en l’ancrant dans les luttes de la classe ouvrière, il en a fait une perspective réaliste. C’est ainsi qu’il est devenu le premier parti de France.

A l’inverse, nos revers ont commencé quand la perspective s’est troublée, d’abord avec les révélations sur le stalinisme, puis au fur et à mesure que l’échec de l’expérience soviétique est devenu évident. Le PCF a mieux résisté que d’autres grâce à son rôle dans la Résistance et à son ancrage populaire et local. Mais il n’a cessé de s’affaiblir depuis la fin des années 70 parce que l’effondrement du communisme étatique – que nous avions soutenu peu ou prou jusqu’au bout – a ruiné dans les esprits l’idée communiste elle-même. Nous avons bien proposé un « socialisme démocratique », mais faute d’être porteurs d’une nouvelle conception du communisme, nous n’avons pas échappé à la crise qui touche sans exception l’ensemble des partis communistes du monde. Nous avons perdu ce qui faisait de nous les partisans d’une radicale alternative de société, et d’autres partis ont paru alors plus « utiles ».

Ainsi, ce qui donne à un parti communiste son utilité et sa place dans le combat politique – et ce qui le distingue du gauchisme, de la social-démocratie ou du populisme – c’est bien le communisme, c’est à dire un « mouvement réel » enraciné dans les luttes ET portant l’idéal d’une société et d’un monde enfin débarrassés de toutes les formes d’exploitation, de domination et d’aliénation. Or malgré nos textes de congrès, qui ne manquent jamais d’un « coup de chapeau » à la visée communiste, nous avons surtout travaillé à des programmes « de gouvernement » que notre faiblesse rendait d’ailleurs peu crédibles. Et nous n’avons pas redéfini, au vu des échecs passés et des nouvelles conditions des luttes de classe, les principes, les objectifs et les moyens d’un projet actuel d’émancipation humaine. Pas plus n’avons-nous réussi à ancrer dans nos pratiques, notre fonctionnement, notre démarche, un rapport émancipateur entre l’individu et le collectif, entre égalité et liberté. Nous parlons d’émancipation, mais nous avons beaucoup de difficultés à l’éprouver, la faire vivre.

Alors que les ravages du capitalisme mondialisé et les catastrophes vers lesquelles il entraîne l’humanité rouvrent le débat sur la critique de ce système et que la pensée de Marx fait de nouveau l’actualité, le communisme est absent de la scène politique. Nous ne pouvons pas nous résigner à cette situation. Non seulement parce que la fonction spécifique et donc l’existence de notre parti en dépendent ; mais surtout parce que la question désormais vitale du dépassement du capitalisme fait d’une revitalisation de notre combat la principale urgence politique. Notre premier objectif doit donc être de faire à nouveau du communisme une idée mobilisatrice en lui redonnant, dans les conditions d’aujourd’hui, l’épaisseur concrète d’un mouvement ancré dans les luttes réelles, et une portée anticipatrice.

Il nous faut pour cela, en lien avec tous les travaux théoriques et les expérimentations pratiques qui explorent les chemins nouveaux de l’émancipation – et qui connaissent un véritable bouillonnement en France et à l’étranger – revoir nos conceptions et notre projet sur nombre de questions. Prenons-en quelques exemples.

 

A. Libérer le travail et la production de l’exploitation capitaliste par une authentique démocratie économique

En faisant prédominer nos stratégies d’alliance sur notre propre combat communiste, nous avons progressivement substitué l’objectif de compromis avec le capital, portant notamment sur le partage des richesses, à la claire perspective d’une sortie du capitalisme, impliquant la maîtrise intégrale des travailleurs sur les buts et leurs conditions de travail. Certes, cela doit être le produit d’un processus d’avancées et de ruptures avec les logiques et les règles du capitalisme. Mais notre combat se brouille si nous n’en faisons pas apparaître les objectifs fondamentaux et les étapes essentielles. Nous devons réaffirmer notamment notre volonté d’aller vers une « expropriation des expropriateurs » en allant progressivement vers un régime de démocratie économique qui ôte au capital tout pouvoir de domination sur la propriété et le travail.

1. Combattre la domination du capital par le partage et la mise en commun

L’un des fondements du communisme est l’idée « d’abolition de la propriété privée » dont Marx et Engels, dans le Manifeste de 1848, disaient qu’elle est la « formule unique » par laquelle les communistes peuvent « résumer leur théorie ». Cette idée a été dénaturée par l’étatisation soviétique. Nous-mêmes sommes également souvent passés à côté de celles et ceux qui inventaient dans la société de nouvelles formes de partage, de production, de propriété collective. Nous ne pourrons redonner ses couleurs à l’idée communiste d’une humanité libérée de l’exploitation sans proposer une conception nouvelle de la socialisation des moyens de production, par exemple avec un nouveau statut des entreprises, mettant fin à la mainmise du capital sur la production et l’appropriation des richesses. C’est dans ce sens que nous devons soutenir les luttes contre les plans sociaux et les délocalisations, pour le développement des pouvoirs des salariés, les SCOP, de nouvelles nationalisations, la gratuité de services publics, etc.

2. Liberté au travail et salaire à vie

De même en ce qui concerne le travail. Nous battre pour l’emploi est indispensable. Mais la perspective restera limitée et nous continuerons de le faire à reculons si nous ne faisons pas vivre concrètement l’idée qu’il y a une alternative historique à la subordination de notre travail aux employeurs. Cette logique est d’ailleurs à bout de souffle. Elle épuise ceux qui ont un poste de travail et stigmatise les autres comme improductifs. Il est temps de redéfinir ce qu’est le travail et de faire cesser le chantage à l’emploi en instituant par exemple un statut des « producteurs associés » et un régime de salaire à vie. C’est là aussi dans ce sens que nous devons soutenir les luttes pour le développement des droits des salariés et des chômeurs, contre la souffrance au travail et le « burn-out », pour le temps et les moyens d’un travail bien fait et la réduction du temps de travail, pour un travail qui ait du sens et œuvre à l’intérêt général.

B. Démocratisation radicale et révolution citoyenne

Le « dépérissement de l’État » – comme instrument de domination du capital – doit être au cœur d’un projet d’émancipation. Il suppose une conception révolutionnaire de la démocratie, fondée sur la multiplication des formes d’auto-organisation et visant à l’égal exercice de tous les pouvoirs par tous les citoyens et toutes les citoyennes. Elle appelle par exemple une forme dé-verticalisée de toutes les institutions (y compris de notre parti), de même qu’une déprofessionnalisation de la politique. C’est dans ce sens, et en mettant nos propres pratiques en accord avec ces principes, que nous répondrons à l’immense discrédit qui atteint notre système politique, et aux aspirations à l’autonomie et l’intervention citoyenne qu’expriment des mouvements comme « les Nuits debout ». Et cette volonté de reprise du pouvoir sur nos vies doit nous conduire aussi à prendre à bras-le-corps des enjeux désormais cruciaux pour les libertés comme le pluralisme des médias (au point où on en est, il faudrait plutôt parler d’une séparation du conglomérat État/financiers et des médias), ou la maîtrise citoyenne des technologies, des nanotechnologies aux algorithmes de l’intelligence artificielle.

 

C. Une nouvelle conception du développement humain

Le combat communiste s’est engagé entre le XIXe siècle et le début du XXe siècle, alors que les premières révolutions industrielles, qui promettaient une croissance potentiellement infinie de la production de richesses, entraînaient le développement d’une classe ouvrière relativement homogène et très prolétarisée. Ce n’est plus le cas. Notre écosystème est en danger et sa préservation devient un objectif vital. Les classes populaires – ouvriers et employés – travaillent et vivent dans une extrême diversité de situations et le capital s’emploie sans cesse à les diviser davantage selon le genre, la nationalité, l’origine, le statut, le niveau de qualification, etc. L’unité des exploités est toujours une exigence fondamentale. Mais elle implique aujourd’hui d’articuler entre elles les luttes contre les différentes formes de domination et d’exploitation (féminisme, antiracisme, écologie, etc.) dans une nouvelle conception de l’émancipation et du développement humains. Et de participer activement à toutes les actions – ZAD, universités expérimentales, pédagogies alternatives, etc. – qui cherchent concrètement à casser les codes de reproduction du système capitaliste et explorer de nouvelles façons de vivre et de travailler.

1. Pas de hiérarchie des luttes émancipatrices

Inscrire toutes les luttes et toutes les initiatives porteuses d’alternatives concrètes à l’ordre existant dans la perspective d’une société d’émancipation humaine, suppose de prendre ces mobilisations telles qu’elles sont, en phase avec les évolutions et les besoins de la société. Faute de l’avoir fait, nous sommes longtemps passés à côté de celles qui, à partir des années 60/70, posaient des questions nouvelles liées notamment aux droits de la personne, et qui se sont alors développées en dehors et parfois contre nous. Nous ne devons pas commettre à nouveau de telles erreurs.

Le projet communiste vise à abolir toutes les dominations que le capitalisme tend au contraire à présenter comme « naturelles ». En donnant la priorité aux luttes dite « de classes », nous avons trop souvent sous-estimé le caractère structurel de discriminations traversant les classes populaires elles-mêmes, liées aux prétendues « races », au genre, à l’orientation sexuelle, à l’âge, etc. Il nous faut mettre au contraire tous les combats émancipateurs au même niveau. Par exemple ceux des femmes contre les dominations masculines, dont le mouvement planétaire déclenché par l’affaire Weinstein montre l’importance essentielle ; ceux des personnes « racisées », ou ceux contre une dénaturation islamophobe de la laïcité. C’est le seul moyen de travailler à une nouvelle unité et dignité des classes populaires. Cela suppose de poursuivre l’actualisation de nos analyses et de nos conceptions pour penser ensemble toutes les dominations et poser en tous domaines la question de l’égalité réelle de tous les êtres humains.

2. L’EcocoLOGIE !

Aujourd’hui encore, nous avons le plus grand mal à nous investir réellement dans les luttes écologiques qui pourtant, fondamentalement, mettent en cause le modèle productiviste/consumériste du capitalisme et cristallisent à leur façon l’exigence d’une alternative de civilisation. C’est désormais un enjeu vital pour l’humanité, et une préoccupation grandissante dont témoignent la vigueur et la multiplication des mobilisations. Nous avons pourtant soutenu nationalement contre toute évidence le projet pharaonique de NDDL. Et nous n’arrivons toujours pas (serons-nous les derniers ?) à affirmer la nécessité d’une sortie progressive du nucléaire, au profit des énergies renouvelables. Il faut cesser de considérer que ces luttes et ces exigences s’opposent au « progrès » ou à l’emploi, et réaliser à quel point elles constituent aujourd’hui un des vecteurs essentiels de prise de conscience des méfaits du capitalisme et de la nécessité de le dépasser. Nous devons donc nous y engager pleinement et y contribuer en portant nous-mêmes la conception d’un modèle de développement sobre piloté par l’objectif d’un « bien-vivre » humain et de préservation de l’écosystème entier à toutes les échelles, du mondial au local, de la ville aux territoires ruraux.

3. Migrations : le droit imprescriptible de sauver sa vie et celle des siens

Nos sociétés seront jugées demain sur la façon dont elles auront répondu à l’immense question que posent les migrations d’aujourd’hui. Notre Parti est engagé dans les mobilisations en faveur des droits des migrants. Mais les migrations actuelles, dans lesquelles les grandes puissances ont une responsabilité écrasante (esclavage, colonisation, soutien et armement des conflits, crise climatique etc.), ne cesseront de croitre dans les années et les décennies à venir. Il deviendra chaque jour plus évident que le bétonnage des frontières est une absurdité. L’indispensable solidarité finira donc par être débordée si nous ne posons pas cette question sur le plan politique et si nous ne mettons pas en débat une alternative émancipatrice à la réponse inhumaine et vaine du capitalisme. La seule façon de lutter contre les réactions racistes et identitaires dont on voit déjà dans toute l’Europe les dégâts politiques est d’associer notre conception de l’émancipation au parti pris des migrants et à l’affirmation du droit imprescriptible de tout être humain à s’installer hors des frontières de son pays si c’est la condition de sa survie et de celle de sa famille. Et de poser pour cela frontalement l’exigence d’un autre ordre international, s’en prenant aux causes des migrations, tout en luttant sans ambiguïté pour le droit de circulation et d’installation de celles et ceux qui prennent le terrible risque de l’exode.

D. Reprendre le pouvoir sur les médias, laïciser les technologies de la communication

L’espace médiatique et les industries de la cultures sont massivement dominées par les forces du capital, qui marchandisent l’information et la communication, le divertissement et la culture, et les mettent au service exclusif de leur domination idéologique. Édition, presse, télévisions, radios sont aujourd’hui entièrement accaparés par une poignée de milliardaires qui imposent à tous leur récit : guerre des civilisations contre lutte des classes, fin de l’histoire contre révolution…

L’internet, qui s’est vécu un temps en espace de liberté, est lui même menacé avec notamment l’attaque du principe de neutralité du net. Il est surplombé désormais par un petit nombre d’acteurs à la puissance inouïe. Puissance financière puisque la capitalisation boursière d’Alphabet (Google), Amazon, Facebook, Apple et Microsoft avoisine désormais le PIB de la France. Puissance politique avec notamment des capacités analytiques et prescriptives inédites des comportements humains, permises par des algorithmes toujours plus performants, déployés de façon omniprésente et indiscernable à travers l’internet des objets et qui s’insinuent dans l’ensemble de notre quotidien.

Ces dominations inédites dessinent les contours d’un projet éminemment totalitaire. Libérer les médias et les technologies de la communication des puissances de l’argent en affirmant leur stricte séparation d’avec les puissances financières et l’Etat est un combat communiste.

 

E. Gagner la bataille de l’Europe

La construction européenne est en train d’asphyxier le débat politique en mettant chacun des pays qui la composent face au choix impossible entre continuer de subir les traités néolibéraux ou sortir de l’Union, même comme plan B. Echapper à ce dilemme est un impératif politique. Nous devons nous emparer de la grande idée européenne – à laquelle, malgré tout, l’immense majorité des européens reste à juste titre attachés – comme d’une dimension essentielle de notre internationalisme, et faire d’une transformation de l’Europe une étape et un levier essentiels du combat pour faire vivre la possibilité d’une alternative à l’ordre capitaliste mondial. C’est possible parce que la France n’est pas la Grèce. Elle dispose de nombreux moyens d’agir, dont sa capacité de blocage de toute nouvelle adaptation de l’Europe à l’ordre mondial actuel ou la désobéissance à certaines directives, qui créeraient une situation insupportable pour les forces qui soutiennent le capital et imposeraient la renégociation des traités. Ce combat ne pourra se mener qu’au nom d’une autre construction européenne – une Europe à « géométrie choisie » qui n’obligera jamais aucun peuple à s’aligner sur des politiques qu’il refuse – et nécessitera de travailler à une dynamique européenne de rassemblement. Ce doit être désormais un objectif politique prioritaire qui suppose d’élever considérablement le niveau des nos objectifs et de notre engagement. Au delà du Forum européen progressiste, il nous faut travailler à une nouvelle initiative de très grande ampleur que notre Parti, compte tenu de son histoire et de la place de la France en Europe, a la légitimité et donc le devoir de proposer à toutes les forces disponibles en France et en Europe.

Ainsi, sur ces questions comme sur tous les grands enjeux politiques, nous devons faire ce travail fondamental visant à reconstituer les principes et les repères d’une alternative communiste à l’ordre existant, et à les traduire en batailles concrètes. Il s’agit de dire en quoi elle consiste et donc le type de société vers laquelle nous proposons d’aller. Tant que nous ne pourrons pas dire ainsi, fondamentalement, « ce que nous voulons », nous resterons dans l’incapacité de combattre l’amalgame entretenu sans cesse par nos adversaires entre notre projet et l’image du communisme que l’histoire a laissée dans les esprits.

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