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Jean-Luc Mélenchon: le moment

pasolinien

PAR LA RÉDACTION DE MEDIAPART

ARTICLE PUBLIÉ LE MERCREDI 22 OCTOBRE 2014

Un texte de l'animateur du mouvement pour la 6e République, en réponse au livre de Christian Salmon, Les Derniers Jours de la Cinquième République.

Christian Salmon, après la publication de son livre «Les Derniers jours de la Cinquième République», a demandé à plusieurs responsables qu'il avait longuement interrogés pour alimenter cet ouvrage, comme un «droit de suite». A eux de commenter et de poursuivre le débat sur la crise institutionnelle et politique. Voici la réponse de Jean-Luc Mélenchon.

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Comment quelqu’un dont on n’attendait rien a-t-il pu tant décevoir ? Le « moment pasolinien » de notre histoire, comme le nomme Christian Salmon, est si bien décrit ! Le pouvoir actuel est devenu à ce point vide de sens intelligible que l’accusation de trahison ne peut même plus lui être appliquée sans rire. Même dans le rôle du traître il ne fait pas sérieux. C’est qu’il a confisqué les mots qui servaient à désigner les choses au point que rien ne veut plus rien dire. C’est carnaval dans le vocabulaire. Spoliation, capitulation, régression ont le masque de Gauche, courage, réforme,

et que sais-je encore !

Pendant ce temps le vrai pouvoir ne s’encombre même plus de prétexte. L’oligarchie montre son

Macron et aussitôt les autres marionnettes sont comme des guenilles abandonnées sur un trottoir.

La puissance réelle vaque à ses affaires sans le soucis des apparences. Le pouvoir va au bain de la

fortune dans son plus simple appareil. Pure courroie de transmission, la monarchie présidentielle s’est emboitée comme tenon et mortaise avec les rouages obscurs de la Commission européenne.

Le monstre financier s’est collé au ciel tout entier et pour finir il n’est de pouvoir que mode Shadock. Il pédale, sans rime ni raison, du seul fait qu’on lui a mis un pédalier entre les jambes comme il visserait si c’était un tournevis, et peignerait si c’était un peigne.

Ici on paie la dette, brise les tabous, et montre du courage. Peu importe ce que ça peut bien vouloir dire du moment que la pompe à mots tourne à plein régime.

Le monde étant vide de sens les mots ne sont que du bruit.

Oh comme l’histoire produit si bien, si finement, les caractères qui conviennent à ses épisodes! Louis XVI ou Nicolas II, ineptes et vains, ne pouvaient imaginer un monde différent de celui qui les avait enfanté. Les gouvernants de l’âge de la dette de même. Au loin, sous l’océan profond des souffrances et des houles aigres de la misère, le tremblement de terre a déjà eu lieu. Le tsunami est en route. Le monarque et sa cour caquetante règnent sur la plage dans la splendeur des châteaux de sable. Christian Salmon a raison : toute la plage aussi sera emportée!

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