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Ils iront jusqu’au bout ! à moins que…

Mardi 26 août 2014
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Voilà que le gouvernement Valls I lancé en grande fanfare ne tient pas plus de 147 jours. On peut prévoir que Valls II sera encore plus dur pour la classe populaire ouvrière et employée. Pourquoi ? Parce qu’ils iront jusqu’au bout pour défendre les intérêts de la classe dominante.

L’accélération, le durcissement, la diffusion dans tous les pores de la société des politiques néolibérales sont patents. Le 29 mai 2005, la France a dit non au Traité constitutionnel européen (TCE). Qu’à cela ne tienne, les néolibéraux l’ont quand même ratifié d’une manière illégitime par le Traité de Lisbonne, ersatz du TCE. Ils ont aggravé le recul de la démocratie. Le Traité pour la stabilité, la coopération et la gouvernance (TSCG), le Mécanisme européen de stabilité (MES), la poursuite des actes de décentralisation anti-démocratique avec l’Acte III, les projets de fédéralisation européenne anti-démocratique sont la réponse de l’oligarchie au choix populaire du 29 mai 2005.

Mais, aujourd’hui, c’est à l’échelle internationale que la politique néolibérale s’accélère. 

Le Partenariat transatlantique pour le commerce et l’investissement (PTCI), le Partenariat transpacifique pour le commerce et l’investissement, l’Accord sur le commerce et les services (ACS), l’Accord de libre-échange (ALE) Union européenne – Canada, sont en cours de négociation. Tous ces accords, d’après les mandats de négociation, visent à remplacer, pour le règlement des différents entre Etats et firmes multinationales, les tribunaux publics par des structures d’arbitrage privées. Mais aussi à baisser les normes de protection notamment sanitaires, environnementales, écologiques, sociales et autres. Mais encore à mettre en place le libre échange intégral contre le choix des peuples. Enfin à supprimer définitivement la souveraineté populaire.

Face à cela, les organisations dites anti-libérales refusent encore majoritairement de globaliser ces luttes en organisant uniquement des réunions publiques uniquement sur un des aspects de la politique néolibérale sans comprendre que tout ce qui vient d’être dit est un tout cohérent qui ne peut s’expliquer que par la globalisation géopolitique.1

Mais ce n’est pas tout. Différents intellectuels gourous se transforment en conseillers du prince pour proposer à ces derniers les solutions techniques à la crise financière et sociale. Et, bien sûr, autour d’eux, des organisations de toutes tailles, toutes dévouées aux idées de ces conseillers du prince se constituent. Mais vous avez en tête les noms de ces sociologues, économistes, politologues, tous plus ou moins alters, atterrés ou atterrants, qui jouent à qui sera le top model du discours anti-libéral. Tout cela n’a aucun effet sur le rapport des forces économique et politique. Ces Mister Monde (car ce sont des hommes) n’ont pas plus d’effet sur la lutte des classes que les Miss Monde sur l’émancipation des femmes.

Parce que la crise n’est pas uniquement financière et sociale, elle est aussi et surtout une crise culturelle, économique et politique. Si un altercapitalisme radical fut possible et souhaitable en 1944, l’altercapitalisme des alters est aujourd’hui obsolète. La question principale aujourd’hui n’est pas la solution technique prééminente et surplombante que les princes devraient utiliser pour que tout le reste se rétablisse de façon harmonieuse (quasi divine !) selon la stratégie du château de cartes mais bien une alternative globale au capitalisme en terme de modèle politique culturel et économique post-capitaliste. Non de faire table rase, comme le dit faussement l’Internationale, car toute transformation ne pourra se faire que via un processus d’évolution révolutionnaire, après avoir constitué et développé les bases d’appui existantes nécessaires.

Espérer un changement politique via les socialistes solfériniens a autant de chances de réussite que la poursuite des discours altercapitalistes antilibéraux qui ont montré qu’ils ne peuvent qu’échouer.

Par ailleurs, le maintien de la confusion au sein d’EELV n’est que le contrepoint de l’inefficience des « frondeurs socialistes ». La jouissance que l’extrême gauche se procure à elle-même dans son morcellement dogmatique sans fin n’est que le miroir de la grande info de rentrée du PCF : son secrétaire national ira à l’université du PS, quel courage, quelle avancée intellectuelle et pratique !

Seul Jean-Luc Mélenchon, conscient de l’échec du Front de gauche (et donc du Parti de gauche) aux élections de 20142 tente une modification de sa stratégie. Mais aucune alternative démocratique ne naîtra d’une aventure personnelle, potentiellement autoritaire et vouée à l’échec, ni d’un dénigrement unilatéral des partis, associations et syndicats existants. L’alternative démocratique ne pourra surgir que d’une construction collective. Nous jugerons donc sur pièces une fois que nous connaîtrons les fondamentaux du mouvement pour la VIe République que Jean-Luc Mélenchon nous propose. Mais la VIe République, la révolution citoyenne, le Front du peuple et l’écosocialisme, ne doivent pas rester des idées générales ; ils devront s’incarner dans les pratiques locales hors du système marchand (y compris dans ses initiatives d’éducation populaire !). Sans cela, les « vrais gens normaux », selon notre traduction de la formule de Saül Alinski continueront de regarder comme des bêtes curieuses les militants d’un autre temps. Ces derniers continuant de se lamenter de la difficulté de « faire venir du monde » à leurs réunions sans se poser la question de leur pratique sociale.

En attendant, les néolibéraux poursuivent leur politique criminelle d’enrichissement des plus riches, d’appauvrissement de la majorité du peuple, d’augmentation des inégalités sociales de toutes nature (en matière de salaires, de santé, de transports, de services publics, etc.), de la misère et de la pauvreté, de la destruction progressive des principes républicains issus du programme du CNR, d’une intensification de l’exploitation, de la domination et de l’expropriation.

Pourquoi ? Parce que cette politique leur a permis jusqu’ici de contrecarrer la loi de baisse tendancielle du taux de profit. Voilà pourquoi les solutions techniques sont au mieux sympathiques mais inopérantes. Seule une stratégie qui se pose les questions du pouvoir, du conflit inévitable, et de l’intérêt particulier dans un premier temps pourra atteindre ensuite une volonté générale. Bien évidemment, on commencera à se poser les questions du point de vue de la classe populaire ouvrière et employée, puis des couches moyennes intermédiaires.

Voilà pourquoi il faut en finir avec les jérémiades désabusées, avec l’illusion d’un chef charismatique sauveur du peuple, avec les meetings chauds prélude au froid de la solitude, du fatalisme et de la désespérance,ayons de l’audace, toujours de l’audace, encore de l’audace… Sinon, ils iront jusqu’au bout !

Avec 8 Français sur 10 qui ne croient pas à la politique du gouvernement, il y a besoin de travailler un projet alternatif, et de discuter des actions concrètes pour redonner espoir. Sinon les salariés s’abstiennent dans les luttes, et les citoyens s’abstiennent dans les isoloirs. Au moment même où le Président annonce un plan en faveur des entreprises – 40 milliards d’euros jusqu’en 2017 -, ce que même la droite n’avait pas osé faire, le patronat répond par un bras d’honneur. La France bat tous les records de distribution de dividendes, et même le journal Libération titre « Dividendes, l’indécence ». Ceux qui partagent ce constat doivent passer de la simple prise de position à l’action. Il faut créer les conditions du rassemblement, et il est inutile d’être d’accord sur tout pour actionner quelques leviers essentiels qui redonnent espoir aux classes populaires.

La France n’est pas l’Allemagne ou l’Angleterre. L’ambition de Hollande, Valls et consorts de faire de la gauche socialiste un parti centriste comme le SPD en Allemagne ou le Parti travailliste anglais se heurte à la tradition socialiste française, et à la difficulté de dégager une majorité politique sur cette ligne en France. Hollande et Valls en font l’expérience à leurs dépends. Il est possible de rebâtir une gauche en France, et de construire un rassemblement majoritaire pour une transformation sociale. Comme en 1936, comme en 1944. Car quand le peuple français retrouve l’espoir d’une vie meilleure, il sait soulever les montagnes – et les partis -, et faire des gauches des gauches de gauche. Comme en 1936, comme en 1944.

  1. Pire, certaines d’entre elles par coquetterie mondialiste néo-moderniste anglicisent tous les acronymes de façon que le peuple qui parle sa propre langue maternelle (pour la France, rappelons que la langue maternelle est le français et non l’anglais !) ne comprenne pas. Ils utilisent TAFTA (Trans-Atlantic Free Trade Agreement) et non PTCI, TISA (Trade in Services Agreement) et non ACS, CETA (pour Comprehensive Economic and Trade Agreement) et non ALE. []
  2. Voir les chroniques d’Evariste dans ReSPUBLICA depuis le 25 mai 2014 / http://www.gaucherepublicaine.org/respublica/25-mai-2014-desastre-des-gauches-en-france-que-faire-%E2%80%8B/81862
    http://www.gaucherepublicaine.org/respublica/progression-de-lautre-gauche-en-europe-et-regression-du-front-de-gauche-en-france-pourquoi/6182641
    http://www.gaucherepublicaine.org/respublica/aux-7-peches-capitaux-de-lautre-gauche-francaise-opposons-7-pistes-demancipation/736042
    http://www.gaucherepublicaine.org/respublica/oser-rompre-avec-les-impasses-intellectuelles-et-politiques/7362508. []

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