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Jean-Luc Mélenchon précipite la recomposition à gauche

FIGAROVOX/TRIBUNE -

Par Jérôme Sainte-Marie

Publié le 21/10/2016 à 18:35

 

 

Diplômé de Sciences Po Paris et d'une licence d'histoire, Jérôme Sainte-Marie a travaillé au Service d'Information du Gouvernement et à l'Institut Louis Harris. Il a ensuite dirigé ensuite BVA Opinion de 1998 à 2008 puis CSA Opinion de 2010 à 2013. Il a fondé en parallèle l'institut iSAMA en 2008. Il dirige actuellement Pollingvox, une société d'études et de conseil spécialisée dans les enjeux d'opinion, fondée en 2013. Il a publié Le nouvel ordre démocratique (éd. du Moment, 2015).

 

Dans les sondages, Jean-Luc Mélenchon progresse et bat systématiquement le président sortant. Pour Jérôme Sainte-Marie, la dynamique pré-électorale libère un espace inattendu pour le candidat de la «France insoumise».

 

Dans la nuée de sondages qui mesurent les intentions de vote selon des hypothèses à la diversité croissante, une candidature confirme sa stabilité, voire sa légère progression, celle de Jean-Luc Mélenchon. Cette situation est remarquable si l'on considère la rétraction de l'emprise électorale de la gauche. Il faut donc en prendre la mesure,

 

avant d'envisager un développement qui transformerait radicalement cette partie de l'espace politique français.

 

Un socle qui s'élargit lentement

 

Le candidat de la «France insoumise» progresse donc de 0,5 à 2 points. Dans cinq hypothèses sur six, il serait le «troisième homme» de l'élection présidentielle.

 

Le baromètre électoral de l'institut BVA, le POP 2017, aux résultats rendus publics le 21 octobre, révèle un niveau d'intentions de vote situé, selon les hypothèses, entre 12% et 15% pour Jean-Luc Mélenchon. En un mois, le candidat de la «France insoumise» progresse donc de 0,5 à 2 points. Dans cinq hypothèses sur six, il serait le «troisième homme» de l'élection présidentielle, derrière Marine Le Pen et le candidat désigné par la primaire de la droite et du centre. Surtout il devancerait désormais de manière systématique le président de la République sortant.

 

Cette bonne santé électorale de Jean-Luc Mélenchon se constate dans un ensemble de gauche en très mauvaise forme.

 

Cette bonne santé électorale - à ce stade strictement virtuelle - de Jean-Luc Mélenchon se constate dans un ensemble de gauche en très mauvaise forme. Au gré des hypothèses, le score cumulé des candidats de gauche, en mettant de côté Emmanuel Macron, serait compris entre 27% et 32,5%, soit encore moins que le score de la gauche aux dernières élections départementales (36%), historiquement désastreuses, et surtout très loin de celui du premier tour de l'élection présidentielle de 2012 (43,8%). Jean-Luc Mélenchon, qui avait rassemblé 11,1% des suffrages exprimés, améliorerait aujourd'hui son résultat de 1,5 à 4 points. La performance peut être considérée comme remarquable - monter quand sa famille politique au sens large descend -, ou bien décevante - ne pas profiter davantage de la déconfiture du futur candidat socialiste.

 

La strate sociale qui lui est le plus favorable est constituée de cet ensemble disparate que l'on désigne comme les «catégories intermédiaires».

 

La structure du vote pour Jean-Luc Mélenchon est quant à elle assez constante. La strate sociale qui lui est le plus favorable est constituée de nombreux employés et de cet ensemble disparate que l'on désigne comme les «catégories intermédiaires», soit des techniciens, agents de maîtrise, personnel de santé, instituteurs, etc. En d'autres termes, un salariat modeste, mais différent du monde ouvrier, lequel est désormais largement acquis au Front national. Il ne s'agit donc pas, ou très peu, d'un vote de «bobos».

 

La campagne menée par Jean-Luc Mélenchon et ses proches, malgré le défaut de soutien du Parti communiste et avec un recours important aux ressources d'internet, entretient cette mobilisation. A la même distance du premier tour, le niveau des sondages le concernant est à peu près le double de ce qu'il fut lors de la campagne présidentielle précédente. Ceci tient sans doute en partie à sa plus grande notoriété aujourd'hui, mais la différence majeure par rapport à 2012, pour ce qui concerne son score futur, est ailleurs. Elle réside dans l'opportunité actuelle que ce vote devienne, pour une bonne partie de la gauche et des écologistes, le vote utile de la prochaine élection présidentielle.

 

Incarner le vote utile

 

Six mois avant le scrutin, la dynamique pré-électorale libère en effet un espace inattendu pour le candidat de la «France insoumise».

 

Six mois avant le scrutin, la dynamique pré-électorale libère en effet un espace inattendu pour le candidat de la «France insoumise». En premier lieu, ceci est du à la crise de la candidature socialiste. Seuls 14% des Français souhaitent que François Hollande se représente, proportion qui n'est que de 34% parmi ceux qui l'avaient choisi dès le premier tour en 2012. Or, il n'existe pas un candidat de substitution évident. Emmanuel Macron ne mobiliserait derrière lui qu'une partie minoritaire des électeurs de gauche, et l'on voit dans le dernier sondage BVA qu'il est en net recul. Manuel Valls, s'il jouit d'une image personnelle bien meilleure que celle du Président sortant, partage avec lui le bilan du quinquennat et doit assumer devant la gauche un train de réformes qui, à l'exemple de la loi Travail, a massivement indisposé celle-ci. De manière symétrique, si le choix du Parti socialiste, avec ou sans primaire, se portait sur Arnaud Montebourg, le résultat ne serait pas, à ce stade, plus satisfaisant. Il se verrait encore plus nettement devancé par Jean-Luc Mélenchon que François Hollande, car l'ancien ministre de l'industrie cumule les réticences de ceux qui le trouvent trop à gauche ou pas assez européen, et de ceux qui lui reprochent ses compromissions gouvernementales.

En dehors de la mouvance socialiste, aucune autre candidature ne s'affirme.

 

En dehors de la mouvance socialiste, aucune autre candidature ne s'affirme. On ne voit guère que le Parti communiste puisse présenter un candidat crédible, et les aléas de la vie interne d'Europe Ecologie Les Verts promettent à la personnalité qui les représentera un résultat aussi modeste qu'en 2012. Dès lors, il y a toutes les raisons de penser que Jean-Luc Mélenchon verra son score d'intentions de vote conforté au cours des prochaines semaines, par l'effet de carence des autres candidatures, au moins autant qu'en raison de sa propre campagne.

 

Les socialistes, contre le libéralisme supposé de la droite, se prévalaient d'un bilan social substantiel. Ce n'est plus le cas.

 

Il existe cependant une perspective plus dynamique, et autrement déstabilisante pour le Parti socialiste. La campagne lancée par celui-ci contre le programme des différents candidats à la primaire de la droite et du centre, campagne qui développe le vieux thème d' «au secours, la droite revient», pourrait bien se retourner contre ses initiateurs. Ce qui avait assez bien fonctionné aux législatives de 1986 et surtout à la présidentielle de 1988 ne peut plus le faire aujourd'hui. Les socialistes, contre le libéralisme supposé de la droite, se prévalaient d'un bilan social substantiel. Ce n'est plus le cas aujourd'hui, car si les lois Auroux avaient alors rassemblé la gauche, la loi El Khomry l'a profondément fracturé.

Ce qui se joue actuellement à gauche est inédit

 

Selon la formule consacrée, cette diabolisation de la droite au nom de la défense des acquis sociaux peut amener des électeurs de gauche à «préférer l'original à la copie». C'est à dire à utiliser le vote Mélenchon comme un bien meilleur vecteur de leur opposition au programme de la droite que ne serait un vote Hollande, Valls ou autre. Cette perspective apparaît d'autant plus vraisemblable que les chances de victoire de la gauche sont anticipées dans l'opinion publique comme étant des plus limitées. Pendant qu'une partie de la gauche semble prête à s'en remettre à celui des candidats de droite qui lui apparaîtrait comme un moindre mal, une autre commence à préparer l'opposition aux réformes annoncées.

 

Ce qui se joue actuellement à gauche est donc inédit. Les conséquences sur le Parti socialiste seraient bien plus importantes qu'une simple défaite de son candidat, comme en 1995 ou en 2007, si celui-ci devait être non seulement éliminé à l'issue du premier tour, mais en outre devancé par un autre candidat issue de son camp. Toute l'organisation de la vie politique pourrait en être transformée, comme jamais depuis l'effondrement électoral du Parti communiste au début des années 1980. Sans que cela soit largement perçu, tel est pourtant ce qui se joue avec la dynamique actuelle de la campagne de Jean-Luc Mélenchon.

 

 

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